Fuites urinaires et course à pied

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Avez-vous déjà eu des fuites urinaires en courant? Bien que commune, cette situation n’est pas normale. Brisons le mythe de la tolérance des petites fuites et ce surtout en vieillissant. NON, ce n’est pas normal et ça se traite! Cet article a pour but de vous informer sur l’incontinence urinaire, l’anatomie du bassin et vos options si, comme 62,2 % des coureurs de longue distance, vous avez des fuites. Sachez qu’il s’agit d’un sujet très vaste et que nous nous concentrerons sur les grandes lignes!

L’incontinence urinaire

 

Il existe plusieurs types d’incontinence urinaire. Les 3 principaux types sont ; l’incontinence d’urgence (par impériosité), l’incontinence à l’effort et l’incontinence mixte, une combinaison des 2 premiers. L’incontinence à l’effort et celle d’urgence sont très communes chez les coureuses. Il s’agit d’une condition multifactorielle caractérisée par la perte involontaire d’une petite quantité d’urine. Dans le cas de l’incontinence à l’effort, les fuites sont dues à l’augmentation de la pression intra-abdominale lors de l’exercice, la toux ou l’éternuement. L’incontinence d’urgence est l’apparition abrupte d’une envie d’uriner tellement pressante qu’on peine à se rendre à la toilette sans fuites.

 

Quelques chiffres : 3,3 millions de Canadiens ont de l’incontinence urinaire dont 20 à 50 % sont des femmes et environ 11 % des hommes. La prévalence augmente avec l’âge chez la femme. 33 % vont développer un problème régulier.

 

Facteurs de risque

–       Sexe (85 % des cas d’incontinence urinaire touchent les femmes)

–       Âge (1 sur 3 de 40 ans et plus)

–       Obésité

–       Grossesse et accouchement vaginal

–       Grossesse multiple

–       Trauma obstétrique (forceps, succion, déchirure)

–       Chirurgie pelvienne ou gynécologique

–       Certaines maladies chroniques

–       Constipation chronique

–       Médication

–       Tabagisme

–       Activité physique intense

–       Sédentarité

 

 

Anatomie

 

La pression intra-abdominale est contenue à l’intérieur de l’abdomen par les muscles diaphragme (muscle responsable de la respiration), transverse de l’abdomen (muscle abdominal le plus profond) et du plancher pelvien (structures, muscles, ligaments, nerfs et vaisseaux sanguins qui forment le plancher de la cavité abdominale). La pression change en fonction de la respiration et de l’activation des muscles.

 

Le plancher pelvien est composé d’une couche superficielle, moyenne et profonde. Ces muscles ont plusieurs fonctions :

 

Sexuelle : érection et orgasme.

Sphincters : pour contrôler l’ouverture et la fermeture du vagin, de l’urètre et du rectum.

Stabilité : aide à la stabilisation des articulations du bassin, du dos et des hanches en plus de soutenir la vessie, l’utérus et le rectum en place.

Pompe : pour faciliter le retour veineux et lymphatique pour la région du bassin.

(Hodges 2007, Masters and Johnson 1963, Mitchell 1999, Safik 2011)

 

Le plancher pelvien est donc comme un hamac entre notre pubis, nos hanches et notre sacrum. Il soutient les organes et sa contraction vient écraser l’urètre (avec la contraction des sphincters) prévenant ainsi les fuites. Il doit donc être capable de contracter et relâcher au bon moment. En effet, ce n’est pas seulement la force des muscles qui maintient la continence, mais aussi l’apport nerveux et sanguin.

 

 

 

Image 1 : http://www.reeducationperineale.net/blog/2018/01/la-posture-cle-de-tous-les-maux)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi l’incontinence à la course?

Car la course est considérée comme une activité avec un niveau d’impact élevé. Pendant la course, la force de réaction au sol augmente jusqu’à 3,9 fois le poids corporel. La pression intra-abdominale augmente aussi à la course ce qui requiert une santé pelvienne optimale pour contrer cette force et pouvoir préserver les mécanismes qui permettent de rester continent. C’est lorsque le plancher pelvien ne peut plus répondre à la demande imposée que des fuites urinaires surviennent à la course. Cependant, l’incontinence peut être causée par plusieurs facteurs et une évaluation pourrait être nécessaire. Par exemple :

  • Une suractivité des muscles du plancher pelvien
  • Une diminution de force ou de l’endurance
  • Un manque de coordination
  • Des troubles respiratoires
  • Des stratégies non efficaces pour maintenir une pression intra-abdominle à laquelle le plancher pelvien peut résister
  • Un support ligamentaire ou des fascias déficients
  • Des troubles de la conduction nerveuse ou de l’apport sanguin vers ces tissus.

Chez l’homme, l’incontinence urinaire peut être signe que la prostate devrait être examinée par un médecin. En effet, certaines conditions comme l’hyperplasie bénigne de la prostate peuvent entraîner des signes et symptômes tels que les fuites. Si vous avez déjà eu une problématique ou un cancer de la prostate ou que celle-ci a été retirée, sachez que la physiothérapie peut vous aider à retrouver la continence et à améliorer la fonction sexuelle.

 

Quoi faire?

 

Peut-être avez-vous entendu parler des exercices de Kegel? Ces exercices consistent à contracter les muscles du plancher pelvien, les maintenir, puis les relâcher. C’est en 1940 que le Dr Kegel a découvert que les femmes devaient renforcir leur plancher pelvien. Depuis, ces exercices sont surprescrits par les professionnels de la santé. Or, ils ne conviennent pas à tous! Chez les sportifs, le plancher pelvien est d’ailleurs souvent hyperactif et a de la difficulté à relâcher.

 

La première chose à faire est donc de prendre rendez-vous avec une physiothérapeute en rééducation périnéale et pelvienne. Lors de vos rencontres, elle pourra évaluer les muscles de votre plancher pelvien, votre dos et toutes autres choses pouvant être pertinents dans une approche globale centrée sur le client. En effet, plusieurs études démontrent une association entre les douleurs lombaires et l’incontinence urinaire (Eliasson, 2008). Une évaluation interne (intravaginale ou intrarectale) pourra être réalisée afin de bien identifier la problématique et faire de l’éducation. En effet, la plupart des gens ne savent pas comment contracter ni relâcher les muscles du plancher pelvien. De plus, la rééducation périnéale a été démontrée très efficace pour le traitement de l’incontinence (évidences de niveau 1 grade A ; comme première ligne de traitement conservateur). Un bon suivi vous aidera à augmenter la conscience de votre corps et reprendre le contrôle de votre vessie!

 

Vous pouvez aussi vous procurer des pads urinaires ou sous-vêtements à cet effet pour absorber les fuites et contrer les odeurs. Attention, les serviettes hygiéniques menstruelles ne servent pas cette utilité, car elles ne contiennent pas l’odeur. La physiothérapeute pourra faire des recommandations en fonction de l’évaluation de votre plancher pelvien et vérifier avec vous s’il est nécessaire de diminuer un peu votre volume hebdomadaire de course à pied le temps de la réadaptation. Une dysfonction du plancher pelvien peut aussi mener à la descente d’organe (prolapsus). Cette condition, comme l’incontinence à l’effort, peut être traitée avec la réadaptation périnéale et/ou un pessaire (petite prothèse qu’on insère dans le vagin pour soutenir un organe).

 

Si vous urinez fréquemment ou que vous ressentez une envie urgente d’uriner, il serait recommandé de diminuer, voire cesser, les irritants pour la vessie : café, alcool, café décaféiné, agrumes, les boissons gazéifiées et les sucres artificiels.

 

Est-ce que le patron de course a un effet sur le plancher pelvien?

 

Quoique rien n’ait été confirmé, plusieurs chercheurs s’intéressent présentement à l’étude de l’impact du patron de course sur les mécanismes d’incontinence urinaire. En effet, une hypothèse a été émise sur l’augmentation de la force d’impact sur le plancher pelvien selon le patron de course en comparant l’attaque du talon par rapport à l’attaque de l’avant-pied. Cette hypothèse n’a présentement pas été démontrée et de plus amples recherches restent à faire pour confirmer ou infirmer cette hypothèse. La physiothérapeute pourrait toutefois vous suggérer différentes stratégies de course et évaluer l’impact de ces changements sur vos symptômes urinaires.

 

Mot de la fin?

 

Soyez proactif et n’hésitez pas à demander l’aide d’un professionnel de la santé pour bien récupérer et atteindre vos objectifs!

 

 

Valéry Pelletier

B.SC. Kinésiologue/TRP/Étudiante en physiothérapie

 

 

Références :

Bo, K., Nygaard, I.E. (2020) Is Physical Activity Good or Bad for the Female Pelvic Floor? A Narrative Review. Sports Med 50, 471-484. https://doi.org/10.1007/s40279-019-01243-1

Cacciari, L.P., Dumoulin, C., Hay-Smith, J. (2019) Pelvic floor muscle training versus no treatment, or inactive control treatments, for urinary incontinence in women: a Cochrane systematic review abridged republication. Brazilian Journal of Physical Therapy, Volume 23, Issue 2, Pages 93-107, ISSN 1413-3555, https://doi.org/10.1016/j.bjpt.2019.01.002.

 

De Melo Silva, R., Rodrigues, M.E.S., Puga, G.M. et al. (2020). The relationship between running kinematics and the pelvic floor muscle of female runners. International Urogynecology Journal 31, 155-163 https://doi.org/10.1007/s00192-019-04014-8

Hannestad, Y.S., Rortveit, G., Sandvik, H., Hunskaar, S. (2000) A community-based epidemiological survey of female urinary incontinence: The Norwegian EPINCONT Study, Journal of Clinical Epidemiology, Volume 53, Issue 11, Pages 1150-1157, ISSN 0895-4356, https://doi.org/10.1016/S0895-4356(00)00232-8

Karmakar, D. and Dwyer, P.L. (2018), High impact exercise may cause pelvic floor dysfunction: FOR: Scale, strengthen, protect! BJOG: Int J Obstet Gy, 125 : 614-614. doi:10.1111/1471-0528.15025

Koenig, I., Eichelberg, P., Leitner, M., Moser, H., Kuhn, A., Taeymans, J. and Radlinger, L. (2019) Pelvic floor muscle activity patterns in women with and without stress urinary incontinence while running. [Online] Annals of Physical and Rehabilitation Medicine, https://doi.org/10.1016/j.rehab.2019.09.013

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Leitner, M., Moser, H., Eichelberger, P., Kuhn, A. and Radlinger, L. (2016). Evaluation of pelvic floor muscle activity during running in continent and incontinent women: An exploratory study. Wiley Periodicals, Inc. https://doi-org.proxy.bib.uottawa.ca/10.1002/nau.23151

 

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